Brown eyes, blues eyes . . .

Par le 03 décembre 2013 à 01:09 Partagez sur Google+ Partagez sur Twitter Partagez sur Facebook

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Aujourd'hui, pas de vidéo youtube faite par moi, pas de discussion sur les stats dans WoW et pas de nouveaux jeu à présenter (mais ça viendra ptêt vu que je me suis fait un peu plaisir sur les soldes Steam). Je vais vous parler d'une femme assez incroyable que j'ai découverte grâce à certaines personnes que je suis sur Twitter (en particulier @MsDreydful, une blogueuse très active sur les luttes anti-racistes et anti-sexistes) : une Américaine professeure d'école nommée Jane Elliott.

Le but de ce post n'est pas de vous faire toute l'histoire de son combat. Déjà parce que je risquerais d'y dire des âneries, mais c'est surtout pas mon propos ici : je vais tâcher de vous présenter, humblement et de façon organisée, quelques vidéos sur son expérience qui est extrêmement intéressante en terme de compréhension des inégalités et de leurs effets. En effet, ces vidéos sont facilement trouvables sur Youtube mais vues dans le désordre, ça peut être confus ou y perdre de son impact, donc je vous présenterai celles-ci dans un ordre qui me semble pertinent (pas forcément chronologique) et tâcherai d'y coller quelques commentaires utiles.

 

Jane Elliott s'est faite connaître dans les années 60 puisque, après l'assassinat de Martin Luther King, elle a développé un exercice pour ses élèves de 3rd grade (équivalent CE2) : le blue eyes, brown eyes. L'idée, comme vous le verrez dans la vidéo ci-dessous, est de diviser la classe en deux groupes selon un critère arbitraire (la couleur des yeux) et de créer un environnement discriminatoire afin de faire comprendre à ces enfants pendant une journée ce que vivent les Afro-Américain au quotidien.
Dans les éléments intéressants de cette première expérience, on notera avec quelle facilité les élèves intègrent ces informations et préjugés (fictifs dans ce cas) et agissent en fonction ; pour ceux qui l'ont vu, cela rappelle un peu le très bon film allemand La Vague. De la même façon, il est impressionnant de voir à quelle vitesse, même pour des enfants, les réflexes de soumission, de baisse d'estime de soi, etc se mettent en place. Ceci est d'ailleurs corroboré par les petits tests qu'elle leur fait faire (des études montrent que des sujets exposés à un facteur leur faisant perdre confiance, ou les plaçant dans une situation considérées comme dégradante, étaient contre-performants. Exemple).

A noter que dans cette vidéo, elle se permet de "retourner" l'expérience pour que les enfants jouent tour à tour les rôles des oppresseurs et des opprimés. On verra que dans les vidéos suivantes, ça n'est pas le cas (et de façon générale, elle change un peu de discours et de pédagogie lorsqu'elle s'adresse à des adultes qui sont moins dans une relation d'autorité avec elle).

 

Dans la vidéo suivante, elle reproduit l'expérience avec des élèves d'université. Avant de la regarder, je pense qu'il convient de faire quelques rappels sur une des notions qu'elle aborde. Jane Elliott cherche à reproduire une situation opprimés/oppresseurs qui est complètement intégrée à notre système de société (et pas qu'au niveau du racisme puisque dans la vidéo on remarque qu'elle a une approche intersectionnelle de la chose où elle fait un parallèle avec les discriminations subies par les gays et lesbiennes, les femmes ou les discriminations basées sur l'âge).
Un concept important et qu'elle évoque (sans l'expliciter, ou du moins en en parlant comme de "libertés") est celui de privilège. Dans un système, une culture qui établit une hiérarchie entre les humains sur le critère de la couleur de la peau, ceux qui sont en haut de l'échelle bénéficient de fait d'un privilège. Vous (peut-être) et moi (dans une certaine mesure, selon que mon interlocuteur percute que j'suis "pas très Français" ou pas) bénéficions d'un privilège ; on a rien fait pour, c'est pas de notre faute, mais on en bénéficie. De même, cher amis hommes, même si vous ne le souhaitez, pas dans notre société patriarcales vous bénéficiez d'un privilège, par exemple. Pourquoi je mentionne ça avant la prochaine vidéo ? C'est parce que cette vidéo illustre de façon intéressante une des manières dont ce privilège s'exprime puisqu'on voit que ceux qui se rebiffent, qui se sentent en position de dicter ce qu'ils pensent de l'exercice sont des blancs, et ce en faisant fi de l'expérience de leurs camarades pourtant mieux placés (ie leur potes noirs). Et je pense of course à la jeune fille à lunette dans la partie 2, vous verrez facilement de qui je parle. Il y a aussi un peu de whitesplaining, un terme que j'expliquerai avant la prochaine vidéo.
(Note : la partie 2 de la vidéo est visible ici, je l'intègre pas pour ne pas surcharger. Vous pourrez aussi y accéder dans les suggestions à la fin de la partie 1. ^_^)

A propos, dans la partie 2, quand elle parle de la jeune fille teinte en blonde avec un piercing, elle dit "she can change her ornementation" (en référence à son look, si mon anglais ne me trahit pas), et pas "orientation". A la première écoute j'étais super choqué car je pensais qu'elle faisait allusion à un éventuel lesbianisme ; ça n'est pas le cas (et ne serait pas logique vu que Jane Elliott semble parfaitement sensibilisée aux discriminations homophobes). Et vu les commentaires je pense que j'ai pas été le seul à être induit en erreur donc je vous évite un moment de flottement en mode WTF. :-P

 

Cette vidéo suivante, de l'expérience tournée au Royaume-Uni est assez intéressante. Dans ce cas, Jane Elliott met moins les sujets dans le bain en leur expliquant le but de l'exercice (même s'il est évident) et attaque de façon directe le jeu de rôle, si on peut appeler ça ainsi. Je ne sais pas si c'était pour arriver à ce but (je le soupçonne) ou si c'était une volonté de ceux gérant le tournage pour avoir un truc plus croustillant (mais je doute qu'elle soit si aisément dupable), mais du coup ça crée des réactions beaucoup plus importantes chez les participants qui refusent de jouer le jeu et se vautrent en plein whitesplaining. Ce qui amène à un petit point.
Qu'est-ce que le splaining ? C'est une expression américaine qui caractérise le fait qu'une personne d'un groupe dominant (et qui n'a, a priori, jamais vécu les discriminations concernées) va expliquer à un opprimé comment, en vrai, ça se passe et comment qu'il connaît mieux que lui son oppression et/ou lui dit comment il devrait la vivre et pourquoi. Par exemple, un homme qui va expliquer à une femme que le harcèlement de rue ça n'est pas si grave ou que ça touche autant les hommes (et c'est courant, je vous jure...) sera en plein mansplaining (qui se traduit joliment en français par mecsplication). Et, vous l'aurez compris, le whitesplaining c'est ce phénomène appliqué aux questions raciales.
Or comme vous allez le voir dans la vidéo, y'a un ÉNORME niveau de whitesplaining puisque que les blancs de l'expérience nient complètement l'intérêt de celle-ci : à les croire ils ne sont en aucune manière racistes (et outre le racisme intégré que l'on peut tous avoir via notre exposition à ce système depuis notre naissance, on notera des remarque genre celle à 38 min "J'ai été surpriss que la chair égratignée de cette jeune élève noire, soit rose" -_-' Sérieux on croirait à une réplique de Michael Scott). Ils vont aussi donner des leçons (de façon plus ou moins directe) sur comment les noirs victimes d'oppressions devraient agir, et vont totalement ignorer l'expérience et le point de vue des participants noirs en affirmant être aussi bien placés qu'eux pour parler de ces oppressions, ou en invoquant le fait que les noirs ne sont pas les seuls à subir des discriminations (argument classique de "splaining" consistant à dire je vais totalement ignorer ton propos sous le prétexte d'une autre inégalité (pas forcément pertinente ; exemple : "racisme anti-blanc") qui ne m'intéresse généralement pas mais que je vais instrumentaliser ici pour ne pas écouter ce que tu as à dire.)

Notez que je ne pointe pas une quelconque différence entre USA et UK ici ; je n'ai aucune raison de penser que les British seraient moins perméable au discours de Jane Elliott. Il se trouve juste que l'expérience partie en festival de whitesplaining s'est passée là-bas, mais à mon sens ça tient juste des conditions de l'expérience. (D'ailleurs vous verrez dans la dernière vidéo comment ça change quand il est bien entendu, de façon explicite, que c'est un exercice pour se mettre dans les baskets des opprimés.)

 

Dernière vidéo, qui mériterait d'être vue après la deuxième mais comme elle est longue, je la laisse à la fin pour les plus courageux/intéressés (même si j'espère que, faute de me lire, vous materez les vidéos). Ici, on voit la différence quand les gens sont bien plongés dans le bain tout en étant rappelés par Jane "Oui, ceci est un exercice, mais c'est un exercice qui vous fait vivre ce que vos concitoyens vivent. Tous les jours. Depuis leur naissance. Si vous trouvez ça désagréable, réalisez aussi que vous avez la liberté de vous arrêter et avez le privilège de retourner à votre situation normale à la fin de la journée." (je paraphrase, vidéo vue y'a plusieurs heures donc tout n'est plus frais ^^).
Vers 53 minutes, elle parle d'une situation de whitesplaining qu'elle a recontrée, et similaire à ce que vous avez pu voir précédemment ; il est intéressant de voir qu'elle rappelle que le splaining est aussi une arme de domination qui va empêcher, dans ce cas, l'apprentissage (et de façon générale, va empêcher ou ralentir la sensibilisation, la lutte contre les oppressions, etc...), et constitue une violence morale car cette personne va, dans un environnement sûr, adopter une position de rébellion en ignorant totalement que ceux le faisant dans la vie le font avec des risques pouvant aller jusqu'à leur liberté, voire leur intégrité physique.

 

Cette femme est vraiment une héroïne contemporaine. Et si vous avez un doute sur la sincérité de sa démarche, c'est que vous n'avez pas été attentifs à ces dernières secondes sur l'une des vidéos linkées plus haut. ;)
N'hésitez pas à discuter dans les commentaires, à pointer des raccourcis et/ou âneries que j'aurais pu écrire dans mes annotations avant et après les vidéos. Par contre, je modèrerais sans sourciller les propos intolérables, ou y'a même pas d'tolérance.


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